Le blog de Phil

J'habite Malakoff, la plus belle ville du monde

30 ans, encore chez papa/maman

Ce n’est malheureusement pas une blague, de plus en plus de trentenaires vivent chez leur parent.

Il ne s’agit malheureusement pas de Tanguy.

Juste que c’est de plus en plus difficile de rentrer dans la vie active.

Pour ma part, je suis rentré dans la vie active à seulement 32 ans (aléas de la vie) et j’ai enfin pu avoir mon chez moi qu’à 34 ans, en ayant enfin une situation « stable ».

Le « stable » est entre guillemet, car un CDI ne garantit pas forcément un emploi à vie de la société actuelle.

Dire que je rêvais de mon chez moi depuis au moins au moins 9 ans. Presque 9 ans à concrétiser le projet, de manière durable, ça va de soi.

 

Un excellent article du monde a pour thème ces jeunes, qui aimeraient vivre leur vie, mais qui sont obligés de rester dans le cocon familial.

Il ne s’agit pas de mauvaise volonté comme le signale l’article.

Pour Elisa, pimpante juriste parisienne, le choc est rude : à 31 ans, elle vient de quitter le quartier branché du Marais pour réintégrer… sa chambre d’adolescente couleur pastel. Un aller simple Paris-banlieue sud pris « par obligation ». « A la suite de la perte de mon emploi, dit-elle, suivie d’une séparation il y a trois mois. Mes parents sont compréhensifs, j’ai de la chance, mais je n’aurais jamais imaginé vivre cela à mon âge. » Sentiment similaire pour Tadeu, avocat qui vient de fêter ses 31 ans chez ses parents à Taubaté, dans l’Etat de Sao Paulo, au Brésil. Ou pour la Mexicaine Claudia, 40 ans, divorcée et sans emploi, qui vit depuis trois ans dans l’appartement familial de Jiutepec avec son frère de 41 ans, également au chômage. Ou encore pour Anastasie, professeure grecque de 28 ans, qui cohabite désormais à Athènes avec son frère et sa soeur.

 

Quatre parcours parmi la centaine de témoignages, dont les auteurs désirent rester anonymes, reçus sur Lemonde.fr en réponse à l’appel lancé samedi 19 janvier : « Vous avez plus de 25 ans et vous vivez encore chez vos parents. Témoignez. » Des Etats-Unis, d’Espagne, de Suède, de Colombie, de France, etc., nous sont parvenus de longs récits, aux ressentis étonnamment semblables, évoquant l’impression de « faire du surplace par rapport aux autres » et l’espoir « que cela ne dure pas trop longtemps ».

 

Ce phénomène est mondial.

Le phénomène est international, plus masculin que féminin – il concerne, par exemple, 35 % des hommes européens de 25 à 34 ans, contre seulement 21 % des Européennes de la même classe d’âge – et s’accentue depuis cinq ans, début de la crise des subprimes américaines. Baptisés génération « boomerang », « kangourou », « hôtel Mama », « nidicole » (espèce dont les petits naissent incapables de se nourrir et de se déplacer seuls) ou « célibataires parasites » par des faiseurs de formules de tous les continents, il ne s’agit pourtant pas d’une énième génération Tanguy (notre symbole tricolore, en référence au film d’Etienne Chatiliez sorti en 2001), représentant de jeunes velléitaires désireux de se faire cocooner le plus longtemps possible.

La crise en est la principale cause.

« Le syndrome est majoritairement subi et s’explique par des raisons économiques », analyse la sociologue Cécile Van de Velde, spécialiste de la jeunesse à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) : envolée du chômage des jeunes, augmentation du coût des études, hausse des prix immobiliers, accélération des divorces et des séparations, pression professionnelle accrue (flexibilité subie, baisse de salaires), etc. « Ces 25-34 ans n’arrivent pas, alors qu’ils le désirent, à acquérir ou à conserver leur indépendance. »

 

Aux Etats-Unis, où l’autonomie des jeunes est un des fondements de la réussite made in USA, 21,6 % des 25-34 ans américains cohabitent désormais avec leurs parents selon le Census Bureau, contre 15,8 % en 2000 et 11 % en 1980 ! Il faut remonter à la grande crise des années 1930 pour enregistrer des proportions supérieures. Neuf trentenaires concernés sur dix déclarent d’ailleurs participer aux dépenses ménagères, et un sur deux paie un loyer, selon Kim Parker, de l’institut Pew Research. Dans un article mis en ligne le 30 janvier, cette chercheuse souligne l’importance de cette « génération sandwich », parents ceinturés entre ces grands enfants à l’autonomie en devenir et… leurs propres parents, de plus en plus dépendants.

 

En France, ce recours au bercail des 25 à 34 ans est passé de 8 % à près de 12 % entre 2006 et 2011, selon Eurostat. Au Royaume-Uni, il oscille entre 15 % et 17 % depuis deux ans, contre 12 % à 13 % avant la crise. Ailleurs en Europe, ces ratios ont parfois grimpé de dix points en cinq ans : en Grèce, en Bulgarie, en Slovaquie et à Malte, plus de la moitié des 25-34 ans vivent désormais au domicile parental. En Espagne, en Italie, au Portugal, la proportion varie entre 40 % et 50 %. Dans les douze nouveaux pays membres, cette moyenne atteint 43 %… contre 26 % dans la zone euro.

 

Tendance similaire en Australie, au Canada et bien sûr au Japon. Dans ce pays vieillissant, où un jeune adulte sur deux de 20 à 34 ans vit au domicile familial, la « nouveauté » est la présence croissante de « quadras » sous le toit parental : 16 % des 35-44 ans y ont élu domicile, contre 12 % en 2005, note le sociologue Yamada Masahiro dans son article « Le modèle familial japonais en pleine mutation » paru en septembre 2012 sur Nippon.com.

Le problème, c’est que socialement, ce n’est vraiment pas sain d’être dans cette situation.

Cette situation dans les pays développés est liée « en bonne partie à une mécanique d’écrasement économique des jeunes par les vieux qui ont accaparé la richesse du patrimoine immobilier, analyse l’historien et sociologue Emmanuel Todd. Ce sont les sociétés en déclin qui font cela. Paradoxe des pays développés, non seulement ils ont moins d’enfants, mais les enfants sont désavantagés sur le marché mondial ».

 

Cela entraîne, selon Emmanuel Todd, « un déterminisme social encore plus accru, car les jeunes deviennent très dépendants de leurs familles ». Camille Peugny, sociologue auteur du livre Le Déclassement (Grasset, 2009), évoquant la panne d’ascenseur social pour les jeunes générations, abonde dans ce sens : « Tout ce qui fait reposer la situation sur la famille est le système le plus injuste et le plus inégalitaire qui soit. Le fait que les Etats se défaussent sur les familles ne peut avoir qu’un temps. C’est devenu un problème de société majeur. »

 

D’ailleurs, les conséquences démographiques d’un tel phénomène commencent à se faire sentir. « La famille tue la famille », analyse Cécile Van de Velde. Ces jeunes ont du mal à se projeter dans l’avenir. Ils peuvent difficilement connaître une sexualité accomplie et les projets qui l’accompagnent. « Je suis engloutie dans le trou d’un ouroboros [serpent qui se mord la queue] qui pourrait être pris comme l’emblème de ma génération. Pas de spirales, pas de labyrinthes : un mur circulaire qui dessine notre cellule », explique Marianna, bientôt 33 ans, traductrice free-lance rentrée chez ses parents, à Palerme, il y a dix-huit mois.

 

Une vraie fragilité psychique « se développe chez les trentenaires. Le décrochage de la fécondité se voit maintenant en Espagne », note la sociologue. « On peut imaginer à terme des « arrêts de vie », ne pas pouvoir vivre avec quelqu’un et ne pas pouvoir en avoir des enfants, pronostique Emmanuel Todd. A moins que les jeunes puissent se reproduire chez leurs parents, ce qui va amener à l’émergence… de familles complexes. »

 

Ce problème, inquiétant, est le signe d’une société inégalitaire. L’économie, mal en point, ne permet pas la création d’emploi stable, et empêche les jeunes de monter l’échelle sociale.

On est donc, de fait, dans une société inégalitaire.

Un ami me disait hier que contrairement à ses parents ayant vécus les trente glorieuses, nous avons vécu que la crise.

Année 80: crise, année 90: crise, année 2000: crise (excepté la bulle internet qui a malheureusement éclaté), année 2010: crise.

Et si nos politiques parlaient enfin d’économie, car seule une économie en bonne santé permet une société égalitaire.

 

A lire: des témoignages aussi.

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9 février 2013 - Posted by | Politique, Politique nationale | , , , , , , ,

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