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Le premier problème de la France est institutionnel

Après avoir participé (honteusement) à la primaire de la droite qui a vu l’élimination de la droite modérée d’Alain Juppé face à une droite thatchérienne menée par François Fillon, je suis arrivé à une conclusion : le problème de la France n’est pas, comme on pourrait le croire, économique.

Il est d’abord institutionnel.

 

Voir l’axe central et le centre en particulier perdre avant même le premier tour de l’élection présidentielle me fais vraiment mal au cœur.

 

Certes, ça n’excuse pas la bêtise du centre, mais il est particulièrement vrai que contrairement à l’Allemagne, le système électoral français ne permet pas l’avènement d’un axe central permettant les réformes.

 

Ce n’est pas la première fois que je râle après le système électoral français (voir ici et ici).

 

Pour ma part, je trouve le système électoral français débile, injuste, criminel, stupide et antidémocratique.

Evidemment, j’en oublie certainement…

 

Il est donc grand temps de raller sur le truc qui nous sert de système électoral. D’autant qu’il ose se dire bon. Or il est mauvais, et il est vrai que l’inversion du calendrier électoral n’a pas arrangé les choses.

 

D’abord, il convient de rappeler que la France marche selon le bicamérisme.

L’une des meilleures présentations du bicamérisme est faite par Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique.

Effectivement, les USA ont deux chambres : La chambre des représentants et le Sénat.

 

La chambre des représentants représente le peuple. Chaque Etat envoie un nombre de représentants proportionnel à sa population.

Plus un Etat est peuplé, plus il envoie un nombre important de représentants.

 

Par contre, le sénat représente les territoires. Chaque Etat est à égalité au sénat américain. Chaque Etat envoie deux sénateurs au Sénat.

 

Si on suit cette logique en France, le Sénat représente les territoires, et l’assemblée nationale la population.

Dans les fait, le Sénat représente bien les territoires français.

Le sénat est élu indirectement par un scrutin de liste. Les grands électeurs sont des conseillers municipaux, et les villes importantes ont un surplus de grands électeurs.

 

Par contre, l’assemblée nationale représente la population.

On arrive donc à un point important : ce n’est pas le cas.

Je me permets de faire un tour rapide d’exemple prouvant que l’assemblée nationale ne représente pas la population.

Car pour représenter la population, il faudrait que tous les courants importants soient à l’Assemblée Nationale.

Or, ce n’est pas le cas.

Petit récapitulatif :

  • En 2007, le PCF a fait 1,97% des voix et il a eu 15 sièges (1 groupe)
  • En 2012, le PCF avec Mélenchon a fait 11,1% et il a perdu des sièges en passant à 7 députés. Pour être plus précis, le groupe Gauche démocrate et républicaine (contenant le Parti de Gauche et les communistes) passe de 21 à 15 députés alors que le score du candidat à la présidentielle est augmenté de +463,45%….
  • Le centre de François Bayrou fait 18,57% des voix en 2007 pour n’avoir que … 3 députés. Un centre subsiste par la volonté du souverain Sarkozy 1er avec 22 députés qui serviront de godillots à Nicolas Sarkozy et de caution centriste pour une politique qui est à l’opposé du centre.
  • Evidemment, même si je suis farouchement opposé au FN, il doit être évoqué ici. En 2002, Le Pen arrive au second tour, il a 0 députés. En 2007, il fait 10,44%, 0 députés. En 2012, sa fille fait 17,9%, 2 députés.

C’est d’ailleurs pour ça que Pierre Laurent n’était pas motivé pour soutenir Jean Luc Mélenchon malgré son bon score en 2012. Il a en mémoire le fait qu’il a perdu des députés.

 

Ce qui amène un second problème, c’est que l’élection législative n’est pas nationale. Elle est locale.

Elle est locale car elle est par circonscription.

Dans la pratique, on ne vote pas sur des enjeux nationaux, ce qui devrait être le cas, mais sur des enjeux locaux.

Aux législatives, on présente des candidats en vue de crédibiliser une candidature pour les prochaines municipales (comme c’est le cas des cantonales d’ailleurs).

Pour ma part, je n’ai pas dû voter sur un programme national aux législatives depuis 2002. Un comble pour une élection où l’on envoie des députés qui doivent voter sur des lois s’appliquant au niveau national.

 

De fait, le mode de scrutin induits des effets vraiment préoccupants.

Le premier est que l’assemblée nationale n’est pas représentative de la diversité des opinions des français.

 

Le second est que l’on arrive vers un bipartisme malsain, avec deux partis malsains, le RPR/UMP/républicains d’un côté, le PS de l’autre, qui ne sont pas construits sur une doctrine claire et identifiable, mais sur une machine servant à faire les carrières politiques. Les républicains et le PS sont des machines à « Plan de carrières ».

Il n’y a rien en commun avec d’un côté Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, et de l’autre entre Martine Aubry et Manuel Valls, excepté le fait qu’ils font une carrière politique, les deux premiers chez les républicains, les seconds au PS.

Pire, du coup, c’est le noyau dur qui fait l’identité du mouvement, comme le disait François Bayrou.

Leçon qu’il aurait dû s’appliquer à lui-même d’ailleurs.

 

Le troisième point, c’est que pour avoir des députés (facilement), il faut cirer les bottes d’un des deux grands partis (Républicains ou PS), au détriment du projet et de ce que l’on représente.

 

Le dernier point, c’est que ce système permet à deux grands partis de diriger seuls, alors que chacun d’eux ne représente que maximum 30% de la population.

En 2007, l’UMP représente 31,18% (si on se fie au premier tour de l’élection présidentielle, et qu’au premier tour, on exprime son idéal, enfin, normalement).

L’UMP avait 320 députés sur 577, soit 55,45%.

En 2012, le PS représente 28,63% des voix.

Le PS avait 297 députés, soit 51,47%.

 

De fait, notre système ne permet pas les coalitions. Il permet à deux grands partis, construits pour les plans de carrières, de diriger seuls et pire, de faire des politiques clientélistes.

Les réformes se font contre les gens, et contre ceux qui n’ont pas voté pour la majorité actuelle.

On est en plein dans la tyrannie de la majorité.

On ne fait pas une réforme en partant d’un diagnostic partagé, mais au contraire, sur des principes idéologiques, souvent d’un autre temps.

 

Au contraire, pour faire des réformes qui marchent, dans l’intérêt général, il faut partir d’un diagnostic partagé.

Je pense qu’une large coalition est une des conditions nécessaires à la réussite des réformes, comme c’est le cas en Allemagne. Car chacun apporte sa pierre à l’édifice, et chacun peut mieux faire accepter les réformes à son électorat.

 

C’est d’ailleurs l’un des problèmes avec François Fillon qui veut encore diriger seul avec une majorité fortement républicaine.

Problème accentué par un centre stupide qui ne peut pas proposer une alternative crédible et est obligé d’être ridicule.

 

Que faudrait-il faire ?

Pour moi, il faut un scrutin législatif calqué sur les municipales.

Un scrutin de liste.

Si au premier tour, une liste fait 50% des voix elle est élue et a la moitié des sièges, le reste étant distribué à la proportionnelle.

 

Sinon, on fait un second tour.

Au second tour, on peut se maintenir avec 10% des voix.

On peut fusionner avec 5% des voix.

En dessous de 5%, on est éliminé.

Au second tour, la liste en tête a la moitié des sièges.  Le reste est distribué à la proportionnelle.

 

On va me répondre qu’avec 30%, si on est en tête, on peut avoir plus de siège.

C’est vrai, mais dans la pratique, pour être sûr de gagner, il faut fusionner.

Il faut donc faire une coalition (une fusion de liste) et donc de mettre de l’eau dans son vin (enfin !).

Par la suite, je pense que l’on peut supprimer l’élection présidentielle et laisser l’assemblée nationale élire celui-ci.

 

Ce système a plusieurs avantages. Il permet de répondre à deux principes opposés et pourtant nécessaires :

  • Permettre une représentativité de tous les courants idéologiques français.
  • Dégager une majorité claire.

Il favorise les coalitions, condition nécessaire pour faire les réformes acceptées par tous.

 

Mieux, j’ai l’espoir à très long terme de voir les républicains et le PS enfin implosé, ce qui serait une bonne chose.

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7 janvier 2017 - Posted by | Législatives 2017, Politique, Politique nationale, Présidentielles 2017 | , , , , , ,

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